Sud Ouest
Magazine, dimanche 8 juin 2003, p. 5
Guignols dans le parc
JEAN-NOËL CADOUX
L'Echappée belle. Création avec les marionnettes du concepteur des « Guignols de l'info », en vedette au Festival de Blanquefort
Il s'en passe de belles à Blanquefort... Depuis onze ans, quand vient l'été, un peuple étrange débarque, pour une semaine, dans cette ville voisine de Bordeaux. Parmi les fêlés invités cette année sont attendus des personnages qui connurent leur heure de gloire à la télé, oeil rond, grande gueule, joues de latex : revoilà les zozos du « Bébête Show » et autres marionnettes du monde des « Guignols ».
Les 14 et 15 juin prochain à Blanquefort, les enfants du concepteur des « Guignols de l'info » Alain Duverne feront leur cirque au milieu du parc municipal de Fongravey. Leurs « Délits de façade » déclinent en quarante minutes de spectacle une sorte de jeu de famille, genre « Groseille » et « Le Quesnoy » dans « La vie est un long fleuve tranquille ». Du bébé braillard au papy ronchon, la vie coule aux fenêtres d'une maison servant de décor à cette saga pour marionnettes, réveillées par la fille de Duverne, Clara, avec son équipe de marionnettistes habitués des « Guignols » de Canal +.
Cinglés en tous genres. Festival pas comme les autres, l'Echappée belle de Blanquefort rassemble ainsi, dans la verdure de la ville, un carnaval de cinglés en tous genres. Conçu pour tous, c'est-à-dire pour enfants autant que pour adultes, le spectacle labellisé « jeune public » offre aux artistes un champ de créativité sans limites : mariage des disciplines artistiques, recours aux techniques les plus modernes, fantaisie sans frontières... c'est sans doute sur ce terrain que les artistes s'éclatent au mieux. Cirque, théâtre, musique, arts plastiques... le cocktail est explosif, fécond et servi chaud aux enfants - le public le plus exigeant -, naturellement portés à bousculer les traditions et encore gourmands de surprises et de rêve éveillé.
A travers l'Europe. La compagnie formée par Clara Duverne sera l'une des vedettes de l'été 2003 avec son « Délits de façade », créé à Blanquefort, la semaine prochaine. Clara Duverne a vécu son enfance au milieu des marionnettes paternelles à Sartrouville, dans cette cité d'Ile-de-France devenue, comme Blanquefort, emblématique du spectacle pour jeune public. Concepteur des poupées du « Bébête Show » et des « Guignols de l'info », Alain Duverne fut également manipulateur avec un autre marionnettiste réputé, Philippe Genty, et l'équipe formée par sa fille comprend six manipulatrices des « Guignols ». Avec un metteur en scène, Jean-Michel Mouthe - lui-aussi technicien chez « les Guignols » -, la petite bande formée par Clara Duverne compte bien promener sa famille de latex à travers l'Europe.
13 000 à 15 000 personnes. Fruit du savoir-faire de son directeur artistique, Alain Duchâtel, et d'une collaboration entre la ville et les associations, l'Echappée belle est devenue, au fil des années, l'un des grands rendez-vous français du spectacle « jeune public » avec, en prime, pour cette année, le label « Evénement » de l'hebdo « Télérama ». Partagé entre ses journées scolaires et son week-end public, ce rendez-vous annuel permet à près de 5 000 enfants d'âge scolaire de venir découvrir le meilleur des arts de la scène et du spectacle de rue.
Avec une audience totale tournant autour de 13 000 à 15 000 personnes, le Festival de Blanquefort fait autorité dans le milieu des arts de la rue et du jeune public; sept créations et près de trente spectacles sont à l'affiche, cette année, entre le parc de Fongravey et celui de Majolan. Les marionnettes des Duverne seront au balcon : « Nous suivons une saga familiale qui s'allume aux fenêtres, précise Clara Duverne, sans autre prétention que le burlesque. » On y reconnaîtra peut-être les deux petits vieux du « Village dans les nuages », série télé pour enfants bien antérieure à « X-Files ». L'histoire s'affichera en façade, lumières à tous les étages.
« Du bébé braillard au papy ronchon, la vie coule aux fenêtres d'une maison servant de décor à cette saga pour marionnettes »
Les « Délits de façade » déclinent, en quarante minutes de spectacle, une sorte de jeu de famille, genre « Groseille » et « Le Quesnoy » dans « la Vie est un long fleuve tranquille »
